"Faut pas qu'on s'plaint !" | |
Suite et fin !Uyuni Nous voila partis pour Uyuni, presente comme un des "must do" de Bolivie, vers lequel converge tout ce que le pays compte de touristes. Arrives en ville accompagnes d'un anarchiste espagnol de 60 ans et de sa compagne bretonne de 30 ans sa cadette, nous sommes tout de suite refroidis par le climat glacial et les prix de la ville la plus chere de Bolivie.
Avant poste militaire perdu dans le desert, Uyuni n'a rien d'affriolant et nous negocions un tour dans le salar pour le lendemain. Negocier est un bien grand mot puisqu'apres une heure de palabres, le prix n'a pas bouge...on est tres fort!
Comme d'hab, le cote Disneyland ça nous emballe pas trop et on se monte un p'tit tour prive, en sens inverse et plus long que la moyenne histoire de court-circuiter le flux de 4x4 qui deboulent a la queue leuleu et a la meme heure sur les differents sites. L'idee s'avere judicieuse et nous nous regalons pendant 5 jours!
5 jours de paysages grandioses, de soirees belotte au coin du poele, et de parties d'echecs auxquels nous ont initie Adele et Francisco.
Des vallees de pierres, des lagunes aux couleurs surrealistes, des formes d'erosion hallucinantes, des bains dans des sources chaudes, des repas au top, d'hotel de sel, du vent glacial aussi qui nous fait decouvrir la rudesse de la vie dans ce secteur aux confins de la Bolivie, de l'Argentine et du Chili.
16 heures de bus pour rallier La Paz. 1ere tentative: apres 3 heures de route, le bus s'arrete au milieu de nulle part... bloque par un groupe d'une centaine de campesinos (paysans) qui revendiquent des amenagements routiers (c'est a dire un peu de goudron sur la piste...). Moment epique a partager clopes, coca (a mâcher), et conversations dans la nuit glaciale en se rechauffant a tour de role aupres d'un pneu de camion enflamme.
Apres 2h du mat', la goutte au nez et l'onglet, nous rejoignons l'interieur du bus et les autres touristes restes enfermes par crainte de se faire decouper en rondelles tandis que nos sympathiques emmerdeurs passent le reste de la nuit dehors avec vieillards et nourrissons emmitoufles (jusqu'a -10oC...ils ont la moelle!!).
Au petit matin nous repartons a la peche aux informations (aussi differentes qu'il y a de protagonistes). Le gobernador attendu pour negocier n'est apparamment pas pret de pointer le bout de son nez et nous apprenons que les barrages sont generalises sur la plupart des axes routiers de la region. Retour a Uyuni et deuxieme tentative le soir suivant. Seule solution pour contourner le probleme, emprunter les vieilles pistes du salar... tellement peu utilisees que le chauffeur ne les connait visiblement pas. Vive les demi tours, marches arrieres et longues hesitations sur les pentes escarpees et caillouteuses du volcan Tunupa!!
El Choro et Coroico Apres une courte halte "douche chaude" et "coupe du monde" a La Paz, nous retrouvons Sylvie et Olivier nos deux bruxellois, et projettons d'aller nous degourdir les jambes ensembles sur le treck d'El Choro; ce qui au passage nous evitera de faire en bus "la route de la mort", presentee comme la plus dangereuse du monde...a juste titre. 3 jours de rando magnifique et eprouvante.
70 km où nous grimpons a 4900 m pour redescendre a 1300 m dans les Yungas.
Des paysages de montagnes arides, froids et venteux, aux foret sub tropicales. 3 jours de descentes vertigineuses et de montees bien raides sur le chemin inca: denivele cumule estime a 5000m !! Pieds en bouillie mais que c'etait beau!
De Coroico, ville d'arrivee du treck, perchee sur un cerro , nous levons le pied deux jours (douche, fondue, pti expresso...l'appel de la France commence a se faire sentir) et admirons la vue sur les gorges tapissees de foret, les sommets enveloppes de nuages, les plantations d'agrumes et de cafe. Si nous avons trouve les boliviens un peu plus "froids" sur l'altiplano, nous sommes ravis de pouvoir a nouveau echanger avec la population chaleureuse des Yungas.
C'est ici aussi que l'on peut rencontrer les descendants des rares survivants afros, esclaves dans les mines d'argent de Potosi. Si le metissage n'est pas tres rependu et que les africains du secteur preservent encore leur culture, on a quand meme croise quelques boliviennes aux cheveux crepus et cholitas aux traits negroides.
Rurrenabaque et le bassin Amazonien La foret sub tropicale qui nous entoure nous donne tres envie de rejoindre le bassin amazonien et de trainer a nouveau nos guetres en foret! Ça tombe bien Rurrenabaque est toute proche, du moins sur la carte car en bus c'est une autre histoire... 18 heures dans un bus pourrave a longer le precipice avec a la cle marches arrieres nocturnes sur 200 metres, roues dans le vide, bus qui penche et panique generale a bord chez les locaux pourtant accoutumes... François prend 10 ans au passage! Puis piste defoncee où chaque nid de poule (plutot d'autruche) nous fait decoller de nos sieges, c'est tellement plus rigolo un bus sans amortisseur! Apres Uyuni, nous voici a Rurrenabaque, seconde "gringo town" de Bolivie. Tous les tours operateurs proposent les memes circuits: soit visite de la pampa, ideale pour l'observation des animaux et option choisie par 80% des touristes ( vive la communion avec la nature a 10 sur une pirogue entouree de 10 autres embarcations pleines...), soit un tour un peu moins frequente dans la jungle avec nuit en bungalows, fabrication de bijoux en noix de coco a 14h et peche au piraña a 17h... "Tu l'as faite la jungle toi??!"
En bons sauvages que nous sommes, nous decidons de nous concoqueter un tour prive et sur mesure: 4 jours/3 nuits loin de tout et de tous. On part cette fois-ci pour un sejour peche et navigation.
Organisation a la bolivienne: retard a l'allumage, le cuisto que nous ne trouvions pas indispensable nous est impose sous l'etiquette de guide (panique, il s'est paume la premiere nuit en foret...), heureusement le dueño indigene de la lancha s'avere etre le vrai et bon guide; et pas assez de bouffe pour l'expedition... l'activite peche devient vite une obligation vitale! Recherche de grosses larves dans la vegetation rivulaire, cueillette de bananes, papayes, manioc et avocas par-ci par là, deterrage de lombrics geants avec en option decoupage de serpent mortel en rondelles par François et sa valeureuse machette, et longues seances de peches dans des rios noirs ou limpides et aux eaux courantes.
La 1ere nuit nous plantons le campement sur une grande plage de sable fin du rio Beni, et suivons Silverio a la chasse aux rainettes et petits poissons, appats de choix pour la peche nocturne. Le feu crepite sur un coin de la plage, le chant des crapeaux rempli la nuit et nous profitons de ce moment magique entre les meandres marecageux du rio et la lisiere de l'inquietante foret, les yeux des alligators et autres bestioles se refletent dans le faisceau des lampes torches. Au petit matin dans la brume nous decouvrons les empreintes du jaguard a quelques metres des tentes. On ne l'a pas vu mais lui ne nous a pas rate!
Le lendemain nous traversons la foret a pied et nous nous retrouvons nez a nez avec une harde de cochons sauvages (+ de 150 individus de 80 kg en moyenne qui vous passent juste devant a toute allure en poussant des grognements d'intimidation, ça fait son effet). Nous nous installons sur un petit affluent et rebelotte, depart a la peche pour agrementer le riz du soir. François n'est toujours pas en veine et ramene juste une tortue que nous avons toutes les peines du monde a sauver du ragout...On aurait bien goute mais l'ecotourisme en aurait pris un coup (deja que le stock de rainettes a bien diminue apres notre passage...).
Au crepuscule notre campement s'avere etre un super spot d'observation du grand tapir et de cervides. Nous voila repartis de nuit a la chasse aux appats. François a pris le coup et fait jeu egale avec Silverio dans l'eclatage de rainettes et de petits poissons a la machette. Outil fabuleux et indispensable en foret... Nous longeons et traversons a maintes reprises le rio; partout sur les berges nous observons les traces (tres) fraiches d'El Tigre: Nous sommes clairement sur le territoire de chasse du gros chat, et pendant que les garçons donnent de grands coups de machettes dans l'eau, je scrute les alentours a la torche et fais donc office de vigie. Nous rentrons au bout de trois heures (avec la certitude d'etre observes); le cuisto a entendu le gros chat "miauler" a quelques metres du campement et attend avec impatience notre retour et celui des machettes... Nous n'aurons pas eu la chance de voir le minou, mais quelle sensation incroyable de se sentir epies au coeur de la foret. La peche peut (re)commencer, un poisson chat et deux raies plus tard, pas de quoi satisfaire François, mais le pti dej' est assure.
3eme et dernier jour: apres quelques heures de navigation, nous penetrons un peu plus au coeur du parc. La peche de subsistance continue et moi je me gratte et ronge ma canne ... non aucun sens figure pour exprimer ma lassitude (quoique), je gratte mes innombrables piqures d'insectes (mariwi ou sand-flies infernales et affamees, adieu la jupette prevue pour les mariages du mois de juillet...) et je machouille ma canne a sucre au delicieux jus. Je ne suis pas une becheuse mais pas une pecheuse non plus... Mais bon François a l'air content malgre les resultats, et nos comperes ravis du theme de l'expedition qui doit plus leur paraitre comme un week-end entre potes.
Sur le retour la pirogue fait halte chez une famille indigene du fleuve pour recuperer quelques provisions. Lieu a l'ecart du monde, completement isole ou les gamins sales jusqu'a l'inimaginable et la peau grelee de piqures d'insectes, ne voient jamais l'ombre d'un instit ou meme d'un gringo. La famille nous observe avec une mefiance manifeste et nous repartons avec regimes de bananes, canne a sucre, et viande de tapir. Deux ethnies principales peuplent la vallee du Beni et affluents qui ont la particularite d'avoir resiste aux differentes tentatives de soumission tant pre-hispaniques (Tiwanaku, Incas) qu'hispaniques et chretiennes. Contrairement au PN Noel Kempff, ou l'objectif est la conservation a tout prix (interdiction d'habiter dans l'enceinte du parc), ici les ethnies y ont toujours vecues et y vivent toujours, avec des droits de chasse, peche et cueillette. Le parc naturel et les aires protegees attenantes (Reserve de Biosphere...) ont tout de meme des programmes de conservation de la biodiversite tout en integrant les quelques communautes et leur mode de vie traditionnel.
Cadavres de raies destines a appater a l'avant du bateau, fruits en tous genres, viande sechee etalee en plein soleil sur les toiles de jute qui protegent les sacs a l'arriere, au bout de 4 jours la lancha ressemble plus a une embarcation de trappeurs qu'a un "promene touristes"...
Voila encore une incursion en foret que nous ne sommes pas prets d'oublier: plantes aux multiples vertues medicinales ou autres, lianes grogees d'eau fraiche, presence quasi mystique des animaux et chant envoutant de l'oiseau sentinelle (souvenirs de Guyane pour François). Decidement la foret c'est notre truc, nous nous promettons de refaire des que possible une expedition un peu plus longue dans la selva alta ici ou ailleurs... Lac Titicaca Retour a La Paz dans un petit zinc. En moins d'heure la foret laisse la place aux pics enneiges de la Cordillere et a l'Altiplano. A peine debarques, un bus nous emmene a Copacabana sur les rives du gigantesque lac Titicaca (+ de 13.000 km2). La ville fut un lieu de pelerinage pendant plusieurs siecles et garde une tradition de lieu sacre (en temoignent les dizaines de voitures decorees qui stationnent tous les jours devant la cathedrale en attente de leur benediction).
Ô surprise, François a ramene un petit souvenir de la jungle: a trainer pieds nus dans les rios et marigots on a reussi a eviter les piqures de raies et morsures de serpents mortels mais pas la severe infection de la mycose des pieds qu'il se traine depuis plusieurs annees. Orteils purulents, ganglions douloureux dans l'aine, fievre... antibios et repos afin d'eviter la septicemie. 48h sans sortir de la chambre d'hotel avec teloche...c'est a se demander si cette infection n'est pas un pretexte pour matter les 1/4 de finale de la coupe du monde... Je ne me plains pas de cette glandouille imposee parce qu'apres plus de 8 mois de voyage il faut bien avouer que notre enthousiasme s'est emousse et que la France commence serieusement a nous trotter dans la tete. Allez, on se met un coup de pied au cul, on est pas arrive la pour enfiler des perles. Derniers point fort du voyage, on file sur l'ile du soleil, berceau de la civilisation pre-inca Tiwanaku.
Douce nuit sur la plage du village de Challapampa et decouverte des vestiges incas du nord de l'ile (ruines, temple, table des sacrifices...).
Les criques sauvages aux eaux turquoises ont des petits airs de Corse (la cordillere blanche en plus...) et la population locale est tres sympa; on se retrouve meme embauche pour la realisation d'une toiture traditionnelle de maison.
Le lendemain, nous traversons l'ile du nord au sud sur le chemin inca jusqu'au village de Yumani, sorte de Disneyland bonde ou chaque maison a ete transformee en hotel-resto... on a bien fait de se concentrer sur le nord!
La Paz Retour definitif a La Paz. La ville nous plait mais le manque d'entrain qui nous caracterise depuis quelques jours se fait de plus en plus fort: Pas de musees, pas de visites, pas de photos, meme le site de Tiwanaku (pourtant inscrit dans nos incontournables) passe a la trappe. Le programme se resume a deambuler dans les marches de la ville, lieux hallucinants ou se cotoient les vendeurs de fruits et legumes, de foetus de lamas, de cochons d'Indes (a manger ou de compagnie...). La rue des quincaillers, la rue des comedors, des luminaires, la rue de l'artisanat, la rue des produits de toilette, la rue des semelles, la rue des jouets.... et tout ça sans se faire concurence evidemment!
Attention quand meme aux tentatives des voleurs a la tire. Par deux fois François s'est fait encercler par des hommes tandis que l'un d'eux lui crachait dessus en attirant son attention vers une fenetre du 1er etage... Technique normalement tres efficace pour distraire et faire les poches; mais on ne la fait pas a doudou (qui a tout appris de son papa ;-)) et qui sait jouer des coudes dans les cotes de ses assaillants. Pour nos derniers jours de vacances on se dorlotte, grasse mat', achats d'artisanant, litrons de jus de fruits frais, finale de la coupe du monde, massages et nettoyage de peau... hummm!!
Nous allons quitter la Bolivie demain, ses couleurs, ses cholitas nattees, ses repas complets a 1 €, ses paysages incroyablement varies et spectaculaires, sa population fiere et chaleureuse, ses transports pleins de surprises (...), sa foret, ses routes de terre rouge, ses moto-taxix, ses soupitas delicieuses, ses riches croyances, ses petits metiers (mais qui maintenant va nous recoudre nos sacs a dos ou affuter le couteau dans la rue?) et tout ce que nous avons adore ici au point de nous faire sauter la case Perou... Voila c'est finit chanterait Jean-Louis Aubert ! Demain avion pour Lima, un week-end a Barcelone pour la fiesta pre-nuptiale de Gilou et Svelte Lana puis Paris et retour au home sweet home...enfin celui de nos parents! Epiglotte En conclusion, notre voyage c'est: 75.000 km de parcourus, 6 futals uses, 2,2 hectolitres de biere et autres spiritueux, 15 coups de soleil, 1795 piqures d'insectes, 4 paires de lunettes perdues (pour Marion), 3 tentatives de vol, 185 resto differents, 25 tampons sur le passeport, 5 degueulis (toujours pour Marion), 12 kg de riz chacun et autant de patates, 5 touristas, 250 truites, 12 kg en moins pour moi et 6 pour Marion (gniak gniak), 260 jours et 50 douches (faites le compte...), 1 entorse, 0 fracture, 32 engueulades, 1 diamant, 250 especes d'oiseaux, 20 jours de pluie, 19 litres de cafe, 0 jaguard, 14 appels en France, 195 heures et 500 € de net pour faire le blog, 2105 photos, 1 coup de blues (encore pour Marion), 285 "attention Marion!", 8450 "Passe moi l'appareil photo", 4 loutres geantes, 1 grippe presque A, 352 empanadas, tellement de rencontres, 0 tucunare, 1 budget a 5 chiffres, 4840 "Put... que c'est beau!", 1 1/2 tube de dentifrice, 22 fois le vertige pour moi et 150 cheveux blancs en plus (Marion aussi), 5 coupes douteuses chez le coiffeur, 95 nuits dans la nature, 2 duvets malodorants (desoles Charlotte), 42 mouches et leurres de perdus, 2 millards de souvenirs, et surtout 1 sensation unique, celle de la liberte !! Retour au bercail heureux de cette "bouffee d'air" et de retrouver notre pays. Merci a tous pour les soutiens en tous genres et pour nous avoir suivi a travers le blog. L'aventure continue... "L'etendue de montagne, le ciel clair de decembre, la tiedeur de midi, le gresillement du narghile et jusqu'aux sous qui sonnaient dans ma poche, devenaient les elements d'une piece où j'etais venu, a travers bien des obstacles, tenir mon role a temps. [...] Mais dix ans de voyage n'auraient pas pu payer cela. Ce jour la, j'ai bien cru tenir quelque chose et que ma vie s'en trouverait changee. Mais rien de cette nature n'est definitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prete ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant le vide qu'on porte en soi, devant cette espece d'insuffisance centrale de l'ame qu'il faut bien apprendre a cotoyer, a combattre, et qui, paradoxalement, est peut-etre notre moteur le plus sûr." L'usage du monde. N. BOUVIER (merci Nico!) Publié à 22:17, le 13/07/2010, La Paz Mots clefs : { Page précédente } { Page 1 sur 23 } { Page suivante } |
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